Gilets jaunes/Mobilisations : Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, écrit au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Depuis des semaines, la grande majorité des Français, qu’ils portent un gilet jaune ou non, expriment leur colère suite à l’annonce de la hausse des taxes sur l’essence et le diesel. Cette nouvelle augmentation fiscale est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Ceux qui travaillent dans le privé comme dans le public ne supportent plus de ne pas pouvoir boucler leur fin de mois alors qu’ils travaillent 35 heures par semaine. Que dire de ceux qui travaillent à temps partiel ? Comment vivre dignement avec 1150 euros par mois, montant actuel du SMIC, quand toutes les factures augmentent : électricité, gaz, loyer, mutuelle, assurances, péage, cantine pour les enfants… ? Le travail ne paie pas ou plus !

Pourtant, dans nos usines, dans les entreprises du BTP, dans les hôpitaux, dans les EPHAD, dans de nombreux secteurs d’activité, les conditions de travail sont pénibles, difficiles. Et les salaires ne sont pas plus élevés.

Ceux qui ont travaillé durant 40, 42 ans et qui ont cotisé toute leur vie se retrouvent, eux, avec des pensions de misère ne permettant pas de profiter de cette période de la vie tant attendue. Ils n’ont jamais perdu autant de pouvoir d’achat ces dernières années. Certains ont même vu leur pension baisser avec la hausse de la CSG. Pour les plus âgés, leur mutuelle a fortement augmenté – 150 euros par mois en moyenne ! – et ils ont encore 30 à 50 euros par mois de dépenses de santé non remboursés ! Ils angoissent en imaginant leur séjour en EPHAD, dont les tarifs deviennent inaccessibles.

Cette colère, profonde et sincère, explose car cela fait des années qu’elle n’est pas entendue, que les salaires et les pensions n’évoluent pas favorablement alors que le coût de la vie ne cesse d’ augmenter. Vous n’êtes pas comptable de toutes ces années durant lesquelles le pouvoir d’achat a baissé. Mais c’est vous qui êtes en responsabilité aujourd’hui.

Les gilets jaunes demandent à être entendus et respectés. Ils ne rejettent pas d’un revers de main les efforts à produire pour relever le défi climatique. Ils demandent juste que ceux-ci soient équitablement partagés et ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Peu à peu, ils s’organisent et ils ont récemment envoyé aux députés « Les directives du peuple », ci-jointes, pour que nous les transposions dans la loi. Il y a, dans ces 42 propositions, beaucoup d’idées que notre pays s’honorerait à mettre en œuvre pour répondre aux attentes légitimes de la grande majorité de nos concitoyens.

En écho à celles-ci, nous vous demandons de suspendre les hausses de taxes sur l’essence et le diesel et d’ouvrir rapidement le débat au Parlement sur ces propositions afin de les inscrire dans la loi rapidement.

Des échéances arrivent vite, telles que les fêtes de fin d’année. C’est aussi la date légale pour augmenter significativement le SMIC. L’année 2019 est effectivement celle qui pourrait permettre cette augmentation car le projet de loi de finances pour 2019 a prévu de budgéter une aide publique exceptionnelle à travers le CICE qui sera doublé ! 40 milliards d’euros seront versés aux entreprises, qu’elles en aient besoin ou non. Il y a peut-être là les moyens d’accompagner les entreprises pour mettre en œuvre une hausse des salaires.

Voilà un signal fort que vous pourriez envoyer aux Français dans les jours qui viennent afin de retrouver les voies du dialogue et de l’apaisement.

Les parlementaires communistes et moi-même souhaiterions vous rencontrer afin d’en discuter et de vous faire part de nos propositions en ce sens.

Dans l’attente d’une réponse positive, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, Député du Nord,

Paris, le 30 novembre 2018.

« Gilets jaunes » : les députés PCF et LFI veulent déposer une motion de censure

"Gilets jaunes" : les députés PCF et LFI veulent déposer une motion de censure

Les députés PCF et LFI ont annoncé vendredi vouloir déposer une motion de censure contre le gouvernement au vu de la « gestion catastrophique » de la crise des « gilets jaunes », ce qui implique qu’ils parviennent à se rassembler et rallier les signatures du PS, qui consulte.

Dans un communiqué, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) ont annoncé leur intention de déposer une telle motion, les élus communistes appelant à « censurer le gouvernement pour sortir de la crise » et jugeant qu' »il est temps de tirer les conséquences de la gestion catastrophique » de la crise des « gilets jaunes ». Peu après le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, a aussi fait état sur Twitter de l’intention de son groupe de déposer une motion pour mettre « fin à la malfaisance de ce gouvernement et à sa politique » face à « l’impasse politique dans laquelle le gouvernement enferme le pays et pour exprimer la colère politique du peuple en action partout dans l’hexagone et les Outre-Mer ».

Manquent les voix des socialistes. Pour pouvoir être déposée, une motion de censure doit réunir 58 signatures parmi les 577 députés. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) qui réunit les élus communistes en compte 16, LFI en compte 17. Il leur faut donc rallier les signatures du PS (29). La chef de file des élus socialistes Valérie Rabault a fait savoir qu’elle allait consulter le groupe, ne comptant pas déroger à la règle consistant à faire « tout voter au sein du groupe ». « À ce stade je constate que le gouvernement bloque la discussion alors que son rôle est de trouver un compromis. Je considère que face à ce blocage, l’Assemblée doit reprendre la main. La première étape est de recevoir s’ils le souhaitent une délégation de gilets jaunes à l’Assemblée », a-t-elle ajouté.

Le PCF dénonce un gouvernement qui « joue le pourrissement ». Le député communiste Sébastien Jumel a affirmé que le dépôt de la motion « devrait être fait dans la journée pour un examen jeudi », dénonçant un gouvernement qui « joue le pourrissement face au mouvement des gilets jaunes » ce qui est « dangereux pour la démocratie ». « Sa réponse sur le pouvoir d’achat est nulle et inopérante il faut maintenant une réponse politique forte, d’où cette motion de censure », a-t-il, poursuivi appelant le gouvernement à « renoncer à la hausse des taxes sur les carburants prévue au 1er janvier et ouvrir des négociations sur l’augmentation du Smic ».
Europe 1