Parkéon sous l’empire de la finance

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Un fleuron industriel dans le Monopoly de la finance

« La finance, voilà l’ennemie ! ». Ces propos célèbres sont une fois de plus illustrés par le jeu de Monopoly sur Parkéon, une entreprise bisontine au potentiel de développement considérable, dont les équipements et logiciels servent à recharger le pass Navigo en Ile-de-France, à payer le tramway à Lille ou le bus rapide à New-York, ou la gestion du stationnement de son véhicule à partir d’un smartphone dans les villes du monde entier. Son actionnaire principal, le fonds d’investissement britannique ICG (qui vient de prendre le contrôle des restaurants Courte-Paille il y a quelques mois) vend Parkéon au fonds d’investissement Astorg Partners.  La belle fable qu’on nous raconte est que cette dernière opération serait avantageuse pour l’entreprise,  car Astorg Partners, ne serait pas un financier prédateur comme les autres : ce serait un « groupe   français », un « partenaire fiable », avec une « culture de développement industriel », etc.,  etc. Un discours déjà entendu lorsqu’Astorg Partners a repris Canberra,  une filiale d’Areva sur les mesures nucléaire. Hélas, rien de cela ne résiste à une analyse sérieuse.

Le LBO, cible du candidat Hollande oubliée par le Président

Pour Parkéon,  il s’agit du 3ème rachat de l’entreprise par LBO  depuis 2004, une procédure qui consiste à acheter une entreprise avec très peu de capitaux et une  grosse  dette, que l’entreprise rembourse sur ses bénéfices, ou par une vente à la découpe de ses activités. En somme, acheter sans débourser et se payer sur la bête, qui en sort affaiblie ou même détruite. Le candidat Hollande,  en visite  en avril 2012 dans l’usine de chariots-élévateurs Still-Saxby, avait déclaré vouloir revenir sur les LBO en dénonçant ces « financiers qui viennent prendre la substance d’une entreprise et la vendre après ». Non seulement rien n’a été fait sur les LBO, mais les risques associés aux LBO se sont accrus depuis que les banques, à la suite d’une réglementation un peu plus stricte de leurs activités,  ne financent plus ces opérations. Ce sont les fonds d’investissement qui jouent le rôle des banquiers, et se prêtent entre eux pour ce genre d’opération, avec des taux d’intérêt deux fois plus élevés que les banques et des exigences accrues de rentabilité immédiate de l’entreprise. Le coût du capital pèse davantage encore sur la rémunération du travail et sur l’innovation.


La fable du « bon financier »

Astorg Partners échappant aux règles de la finance ? Une plaisanterie de mauvais goût. Il y a d’abord la logique propre du LBO. A quelle condition de dette pour l’entreprise Parkéon s’est faite la transaction ? Quelle est le montant de la  plus value réalisée par le vendeur ICG ? On peut gager que la prime de 3800 euros promise aux salariés ne représente pas un gros sacrifice pour ICG. Quant à Astorg Partners, son comportement de « bon français » ne l’a pas empêché de racheter récemment une « société luxembourgeoise de services fiduciaires et administratifs », la SCG, autrement dit, en langage clair, une société spécialisée dans l’aide à l’évasion fiscale, dont les clients principaux sont… des fonds d’investissement ! Enfin, quand Astorg Partners revendique un taux de rentabilité interne de 30% sur les 20 derniers investissements cédés, on ne peut qu’être inquiets sur la pression au rendement  que vont subir les salariés.

S’en prendre  enfin au  « système » de la finance

Liberté de circulation des capitaux, laisser-faire total du système financier parallèle, toujours aussi dérèglementé, absence de contrôle des LBO, évasion fiscale, tout est lié, et il y a bien un système de la finance devant lequel le gouvernement a capitulé.

 Pour reprendre la main, il est nécessaire de faire du crédit et de la monnaie, actuellement aux mains de la finance privée, le bien commun de tous, il est urgent de redonner du pouvoir aux salariés et  aux citoyens sur l’avenir de notre industrie en réduisant celui des actionnaires prédateurs.