Donner de l’avenir au Front de Gauche

Dans un article paru dans l’Est Républicain du 12 mars, le responsable du Parti de Gauche du Doubs déclare :

« Notre liste est dans la stratégie du Front de gauche, autonome et pour créer un rapport de force électoral à gauche. Et puis, patatras, comme d’autres villes en France, le parti communiste s’allie avec le PS. C’est ce parti qui prend la responsabilité de quitter le Front de gauche. Nous continuons sans eux pour créer une force politique nouvelle. »

Ainsi, la stratégie du PG est clairement exprimée : il veut continuer le Front de Gauche sans les communistes, qui se seraient exclus d’eux mêmes. On a déjà entendu cela dans le passé. Quand on veut exclure sans le dire, on affirme que l’exclu s’est mis de lui-même en dehors de l’organisation.

On comprend mieux les raisons des multiples obstacles dressés par le Parti de Gauche pour empêcher la constitution d’une liste Front de Gauche avec les communistes pour le premier tour des municipales.

Les communistes veulent une stratégie gagnante du Front de Gauche.

Le parti communiste, à l’opposé, estime que l’avenir du Front de Gauche passe par son élargissement.

A l’occasion des municipales, le PCF porte les propositions du Front de Gauche dont beaucoup ont été intégrées dans le programme de la liste conduite par Jean Louis Fousseret(pas d’augmentation des impôts, maintien des services publics, progressivité des tarifs de l’eau avec une tranche gratuite pour tous les ménages, étude pour de nouveaux service en régie, grand évènement culturel basé sur les acteurs locaux,…).

Elus, nous nous battrons dans la municipalité pour faire prendre en compte les propositions du Front de Gauche. Nous savons bien que ce sera une bataille de tous les jours et qu’il nous faudra souvent organiser la mobilisation de la population avec l’ensemble des forces du Front de Gauche et même au-delà. Nos élus seront un important point d’appui.

Plutôt qu’exclure, il faut rassembler, élargir.

Dès maintenant, nous vous appelons à vous mobiliser pour la

manifestation nationale contre l’austérité le du 12 avril !

La section de Besançon du Parti communiste Français

 

Pierre LAURENT : ma lettre aux communistes

 

Si j’ai décidé de t’écrire aujourd’hui, comme à l’ensemble des adhérent(e)s de notre parti, c’est que nous allons vivre dans les semaines à venir des échéances politiques cruciales. Je suis certain que nous pouvons jouer un rôle essentiel. Si ma lettre est un peu longue, je m’en excuse, c’est que les enjeux de la période sont décisifs. J’espère que tu prendras le temps de la lire attentivement et que tu comprendras le caractère exceptionnel de ma démarche.

Les trois mois qui s’annoncent seront d’une intensité toute particulière. Les élections municipales vont avoir lieu dans deux semaines et les élections européennes dans moins de trois mois. Entre temps, François Hollande envisage de remanier son gouvernement pour accélérer l’adoption du pacte dit de « responsabilité » signé avec le Medef. Alors que le pays s’enfonce dans le chômage et les inégalités, ce serait une nouvelle fuite en avant dans les cadeaux au patronat, la baisse du coût du travail, le recul des services publics et de la protection sociale. C’est aussi une fuite en avant politique du pouvoir socialiste qui tourne le dos aux attentes populaires et aux espoirs du peuple de gauche. La droite et l’extrême droite comptent bien exploiter cette situation.

Pour nous, il n est pas question de laisser faire, surtout que la grande majorité de ceux qui ont voulu le changement en 2012 ne se reconnaissent pas dans cette politique. Le temps est venu d’un sursaut populaire de grande ampleur.
Cela appelle de notre part la plus grande mobilisation, mais je crois que nous sommes capables d’ouvrir une nouvelle séquence qui peut aboutir à la structuration d’un large champ de résistance aux politiques d’austérité et à la relance d’une construction politique alternative à gauche.

Dans cette perspective, les élections municipales vont constituer une première étape fondamentale. Depuis le premier jour, les deux objectifs du Parti communiste français ont été clairs : empêcher la droite et l’extrême droite de réaliser leurs rêves de vague bleue ou bleue marine et doter les communes et les majorités municipales de gauche du maximum d’élus communistes et du Front de gauche pour être utiles à combattre l’austérité, à promouvoir des politiques publiques locales d’égalité et de justice. Face à une droite revancharde, à une extrême droite aux aguets, et un gouvernement empêtré dans ses revirements et ses renoncements, il fallait donner des repères à gauche, défendre la nécessité d’engagements clairs pour la commune, les services publics et la démocratie locale. Nous avons fait ce travail commune par commune en construisant des rassemblements divers au premier tour à partir du bilan de l’action municipale et des rapports de force locaux avec comme perpective commune le rassemblement de toutes les forces de gauche au second tour.

Aujourd’hui, le travail accompli est remarquable, l’écho de nos efforts de rassemblement réel et nous pouvons nourrir de sérieux espoirs. Nous présentons des candidats communistes et du Front de gauche dans plus de 7500 communes de plus de 1000 habitants, sans compter les nombreux candidats dans les communes plus petites. Nous pouvons réélire les mairies que nous dirigeons, reconquérir des grandes villes comme Aubervilliers et Montreuil, maintenir et faire progresser le nombre de nos élus sur tout le territoire. Dans plus de 30 communes de plus de 3500 habitants, les communistes aux côtés des citoyens et des autres forces de gauche sont engagés dans une campagne qui peut être victorieuse face à la droite. C’est vrai notamment au Havre, à Calais, à Corbeil Essonne, à Sète, à Alès,à Bolbec, à La Ciotat, à Romilly-sur-Seine, à Thiers, à Sartène…

Tout ce travail, même quand il a provoqué des débats et des accrochages au sein du Front de gauche, sera in fine profitable à tout le Front de gauche, qui verra ses bases et son enracinement progresser. Notre pays, la gauche, le monde du travail, tous ces citoyens qui se sentent aujourd’hui perdus et abandonnés ont besoin d’une force proche d’eux, ancrée dans leur quotidien et dans leurs territoires. Ces derniers jours de campagne s’annoncent donc stratégiques pour le combat politique que nous menons. Nous devons jeter toutes nos forces dans la bataille. Je sais les communistes déjà très largement mobilisé(e)s. A toi comme à tous, je demande d’approfondir nos efforts jusqu’au dernier jour.

Je veux maintenant te parler de la bataille que nous devons déployer pour mettre en échec le pacte de responsabilité, expression des politiques d’austérité qui plombent la France et l’Europe. La bataille qui s’ouvre devant nous est loin d’être jouée. Bien au contraire. Le Président de la République ne bénéficie pas d’une majorité populaire dans le pays pour soutenir ce « pacte de dupes » signé avec le Medef au seul profit des actionnaires et cherche à l’imposer à marche forcée, y compris contre une partie des siens. D’ores et déjà les résistances se multiplient, sur tous les bancs de la gauche. Au Front de gauche, bien sûr, mais aussi chez Europe écologie-les Verts et au Parti socialiste. Un quart de la direction du PS a en effet signé une tribune publique dénonçant les fondements de ce pacte. Les courants de gauche du PS « Un monde d’avance » et « Maintenant la gauche » ont voté contre le texte de la direction du PS intitulé «réussir le pacte de responsabilité» pointant leurs désaccords et dénonçant « le caractère néfaste des politiques d’austérité ». Dans le monde syndical, la CGT, FO, la FSU, et Solidaires refusent ce pacte, et des nombreux syndicalistes d’autres confédérations doutent sur le terrain. L’espace du rassemblement contre ce pacte de responsabilité existe. A nous de nous en emparer et de l’élargir au maximum de forces possibles. Si nous y parvenons ce « pacte d’irresponsabilité » pourra être mis en échec.

Cette campagne connaîtra déjà deux temps forts. Le premier aura lieu le 18 mars prochain à l’appel de la CGT, de FO, de la FSU et de Solidaires. Après plusieurs journées d’action isolées, la majorité des syndicats a décidé d’une action commune. Il nous faut œuvrer, à notre échelle et dans nos fonctions respectives au succès de cette journée de mobilisation intersyndicale. Elle marquera une étape importante dans la levée des contestations et dans la construction d’un mouvement social indispensable.

De notre côté, avec le Front de gauche, nous avons lancé la préparation d’une grande marche contre l’austérité le 12 avril prochain à Paris, autour de cette idée « trop c’est trop, marchons contre l’austérité ». Un appel unitaire très large de responsables politiques, syndicaux et associatifs sera publié la semaine prochaine. De nombreuses organisations envisagent de s’y associer. Le bureau confédéral de la CGT, tout en se consacrant au terrain syndical, a salué l’intérêt de cette initiative, de cette mobilisation à gauche. Partout dans le pays, nous devons nous engager dans la préparation de cette marche qui peut sonner le réveil de la gauche face à l’enfermement de François Hollande dans les choix d’austérité.

Enfin, il nous faudra aussi mener de front, au cours de cette même période, la campagne des élections européennes. Lancée par la grande marche contre l’austérité du 12 avril, notre campagne sera en cohérence avec le combat contre le pacte de responsabilité. Nous entendons porter un triple message : non à l’austérité et au dumping social en France et en Europe, non au grand marché transatlantique (GMT), oui à une Europe démocratique de la solidarité. Contre la tentation du repli et de la xénophobie nourris par le Front national, nous porterons la volonté d’une France active et de fronts européens de solidarité capables de refonder une Europe solidaire. Nous voulons des listes du Front de gauche capables de placer les listes anti-austérité à la tête de la gauche dans plusieurs circonscriptions. Portés par la candidature à la commission européenne de notre camarade grec, leader de Syriza, Alexis Tsipras, nous pouvons avec ces élections européennes, frapper un grand coup sur l’échiquier politique national et européen, et renforcer le groupe de la GUE-NGL au Parlement européen, en gagnant en France plusieurs députés européens en plus des cinq sortants que nous voulons réélire.

Après plusieurs semaines de discussion avec nos partenaires du Front de gauche, nous sommes maintenant engagés dans des discussions concrètes sur notre feuille de route ainsi que sur la constitution des listes. Comme tu le sais, nos camarades du Parti de gauche posaient des conditions à l’ouverture de ces négociations. Le geste des camarades parisiens sur le logo a apaisé le climat national et permis la reprise des discussions. Par ailleurs, le Parti de gauche nous interrogeait sur notre stratégie pour les échéances électorales de 2015. Comme nous l’avions déjà exprimé lors de la rencontre bilatérale PC-PG du 17 janvier dernier, dans ces deux types d’élections, la présentation de candidats est déjà la règle dans notre parti. Nous présentons depuis longtemps des candidats communistes dans la quasi totalité des cantons. Nous avons construit des listes du Front de gauche en 2010 dans la grande majorité des régions. Les enjeux dans les collectivités départementales et régionales conduiront probablement à approfondir les choix dans cette direction, même si, en tout état de cause, ces décisions devront intervenir après les échéances électorales du premier semestre 2014 en tenant compte du résultat de ces élections et du nouveau paysage politique ainsi que d’une appréciation fine des conséquences de la modification du scrutin cantonal et du découpage autoritaire des nouveaux cantons. En tout état de cause, ces choix devront être débattus et tranchés par les communistes en discutant avec toutes les forces du Front de gauche.

Ces points maintenant éclaircis, les discussions que nous menons avec nos partenaires doivent pouvoir aboutir à une entrée en campagne rapide et efficace au sortir des municipales. Les perspectives qui s’offrent à nous sont encourageantes.

Voilà, cher(e) camarade, ce qui nous attend. Comme tu le vois, notre feuille de route est simple : conforter en toutes circonstances les résistances à l’austérité et unir pour des alternatives de gauche à cette politique. Notre responsabilité est grande dans l’émergence de cette alternative. C’est pourquoi je voulais t’apporter ces quelques éléments d’analyse. Je sais pouvoir compter sur ta mobilisation et sur ton engagement pour relever l’ensemble des défis qui s’offrent à nous.

Pierre LAURENT
Secrétaire National du PCF
Président du PGE

Besançon se déclare anti traité transatlantique !

 

StopTaftaLogo

La majorité municipale (PS-PCF-EELV-Alternatifs-société civile) de la capitale franc-comtoise a adopté une motion demandant l’arrêt de la négociation du TAFTA et la publication immédiate du projet lors du dernier conseil municipal du 18 février 2014.

http://factuel.info/articles/besancon-se-declare-anti-traite-transatlantique

 

Le texte de la motion bisontine

Le 14 juin 2013, les 27 gouvernements de l’Union européenne, dont la France, ont approuvé le mandat donné à la Commission européenne pour négocier un accord de libre-échange avec les États-Unis. Cet accord négocié dans le plus grand secret prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique soient « harmonisées »  en libéralisant au maximum les échanges, la circulation des capitaux et en protégeant les investisseurs. Les multinationales auront la possibilité d’attaquer les États si elles considèrent que leurs profits sont menacés ou simplement revus à la baisse. Cela se traduira par des sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou par une réparation pouvant être de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
Si les gains attendus de ces échanges sont flous, les risques sont bien réels. Avec cet accord, l’agrobusiness américain pourra plus facilement écouler ses produits sur le mastop-tafta-280rché européen. Mais c’est surtout au niveau des mesures non tarifaires que l’accord va être impactant. En effet les normes sociales, sanitaires et environnementales seront interdites si jugées « déraisonnables, arbitraires ou discriminatoires ». Cette libéralisation réglementaire,  ferait voler en éclat les normes sociales et environnementales appliquées en Europe et dans notre pays. Le libre accès aux matières premières y est explicite, fini donc l’interdiction d’exploiter les gaz de schistes. L’interdiction des OGM ne sera plus possible…
La ville de Besançon serait impactée directement si ce traité était signé ;  il sera alors en effet très compliqué d’imposer du 100% de nourriture biologique et locale dans les restaurants scolaires, de défendre une politique de régie pour la distribution d’eau, et la production d’énergie car ces biens seraient privatisables et toute municipalité s’y opposant pourrait être accusée d’entrave à la liberté de commerce.
Les élus de la ville de Besançon réunis en conseil municipal demandent au Président de la République et au Président de la Commission Européenne :
– La diffusion publique immédiate de l’ensemble des textes relatifs aux négociations du TTIP qui représentent une attaque sans précédent contre la démocratie.
– L’ouverture d’un débat national sur l’ensemble des accords de libre-échange impliquant la pleine participation des collectivités territoriales, des organisations syndicales et associatives, des organisations socioprofessionnelles et des populations.
– L’arrêt des négociations sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) dit Grand Marché Transatlantique tant que la représentation nationale n’aura pas approuvé ces négociations.

Au delà de la stratégie, le Front de Gauche a besoin de s’enraciner

Tribune Florian

Aurélien Bernier publie un article dans le numéro de janvier du journal Les Zindigné(e)s intitulé « Municipales 2014 : PCF/PS l’alliance perdante ».l’alliance perdante ». La thèse est toute entière dans le titre. L’argument est simple : voilà 30 ans que le PCF décline à cause de ses alliances électorales avec le PS, il n’y a aucune raison pour que la situation ne se reproduise pas aujourd’hui à l’occasion des  municipales. Mais cette fois, la chute annoncée du PCF entraînerait dans son sillage le Front de gauche et ferait le lit du Front national.

            Il ne s’agit pas de prendre parti, avec ces quelques lignes, dans le débat stratégique relatif aux municipales. Il s’agit seulement de souligner que l’essentiel des difficultés rencontrées par le Front de gauche ne réside pas d’abord dans sa stratégie électorale comme le laisse croire l’analyse d’Aurélien Bernier.

            Il aurait suffi, hier, que le PCF n’eût pas passé d’alliance avec le PS pour conserver sa puissance d’antan (la fin des capacités de séduction de l’Union soviétique, la montée en puissance du capitalisme de consommation, les bouleversements multiples des mondes populaires ; cela ne semble guère peser aux yeux d’Aurélien Bernier). Il suffirait aujourd’hui d’être autonome pour voir grimper le Front de gauche dans les sondages. Si seulement ! L’autonomie radicale à l’égard du PS a été tentée par presque toutes les formations politiques à la gauche du PS depuis 30 ans. Pour quels résultats ? L’alliance peut être perdante évidemment, mais l’autonomie tout autant.

            Sans doute Aurélien Bernier ajouterait que la stratégie électorale ne suffit pas et qu’il est aussi nécessaire de gagner le soutien des classes populaires en tenant un vrai discours de rupture à l’égard de l’Union européenne. N’est-ce pas ce qui assure au Front national ses suffrages populaires ? Mais là encore, l’évidence mériterait examen. Les électeurs frontistes à la présidentielle de 2007 ont largement délaissé Jean-Marie Le Pen pour le très europhile Sarkozy. Que la question européenne soit une question politique cruciale est une chose ; qu’elle soit la cause du soutien apporté au Front national en est une autre.

            Le problème de cette analyse est double. D’une part, elle surestime le poids des questions électorales et idéologiques (questions qui ont leur importance par ailleurs) et, d’autre part, elle sous-estime fortement les raisons de la stagnation du Front de gauche. Car il faut bien avoir à l’esprit que la stagnation, et parfois le reflux, du Front de gauche commence bien avant les municipales ; on a pu l’observer à toutes les élections partielles depuis la présidentielle. Faire des municipales, l’origine d’un éventuel recul du Front de gauche, c’est nier purement et simplement ce qui se passe depuis avril 2012.

            La stagnation du Front de gauche vient de son incapacité à mobiliser les classes populaires qui lui préfèrent encore largement l’abstention et le vote Front national. Et cette incapacité a peu à voir avec la stratégie électorale. La force du PCF venait du « branchement » de l’appareil communiste au niveau local sur les sociabilités populaires, soit que l’appareil bénéficiait de la force des communautés populaires, soit qu’il permettait à ces communautés de se revigorer lorsque des signes de délitement apparaissaient.

            Ce « branchement » contribuait à l’organisation de la vie quotidienne (de l’association des anciens combattants aux colonies de vacances en passant par la coopérative de consommation). Et sur cette base pouvait opérer la politisation partisane. Il faut donc bien sûr accorder un rôle à l’idéologie, mais il ne faudrait pas oublier de se poser la question des conditions sociales de sa diffusion dans les milieux populaires. Les passages à la télévision et les meetings n’ont jamais suffi.

            Ce « branchement », qui est la condition essentielle du renforcement du Front de gauche, n’est pas au cœur de nos préoccupations, sinon de façon purement incantatoire (sauf chez nombreux de nos élus locaux bien sûr). Comme si la justesse programmatique et stratégique devait suffire à mobiliser les couches populaires. Croyance naïve en la magie du verbe ?

            Deux choses hier rendaient possibles ce « branchement » ; deux choses qui nous font cruellement défaut aujourd’hui. D’abord, la grande proximité sociale des membres de l’appareil communiste local et de la population. Or cette proximité manque aujourd’hui au Front de gauche. Son électorat et ses militants se recrutent d’abord dans les catégories intermédiaires de la fonction publique. Le PCF s’en tire peut-être un peu mieux que les autres car, s’il a connu une « désouvriérisation » certaine, il reste malgré tout le parti le plus populaire dans sa composition militante. Ensuite, les plusieurs centaines de milliers de militants du PCF permettaient un véritable présence sur le territoire. Mais nos effectifs actuels sont très largement inférieurs à ce qu’ils étaient et sont un véritable obstacle à toute expansion rapide du Front de gauche.

            Bien sûr on peut parier sur la crise ! Elle pourrait rebattre les cartes et accélérer la recomposition des rapports de forces politiques. Mais là encore ; quelle assurance ? Et pourquoi la crise profiterait au Front de gauche ? Une crise bénéficie aux organisations qui sont le plus enracinées. Où l’on retrouve notre problème.

            Programme et stratégie sont indispensables mais ne suffisent donc pas. Le Front de gauche ne peut espérer prendre le pouvoir sans s’être d’abord enraciné. Il est aujourd’hui encore largement « hors-sol ». L’implantation demandera du temps, n’en déplaise aux gens pressés ; voilà pourquoi il est grand temps de prendre à bras-le-corps cette question. C’est le long détour sans lequel rien ne se fera. La focalisation sur les questions de stratégies électorales ne permet pas de mesurer l’ampleur de cette tâche ; bien plus, elle la masque en faisant croire qu’un bon programme et l’autonomie à l’égard du PS suffiront. L’impatience, qui se figure que cet enracinement n’est pas nécessaire ou qu’il se fera spontanément par la seule vertu du discours, est sans doute notre pire ennemie.

Florian Gulli, secrétaire de la section PCF de Besançon.

Les quotas sur l’immigration en Suisse

Une mauvaise réponse à une mauvaise question qui évite la vraie question : le dumping social

Entre le parti populiste UDC à l’origine de la votation « contre l’immigration de masse », détournant ainsi la question des vrais problèmes sociaux en Suisse, et le patronat suisse clamant que si la votation passait l’économie suisse serait mise sur la touche, comment l’électorat aurait-il pu ne pas être déboussolé ?

Ainsi donc, la Suisse, terre d’accueil des capitaux du monde entier dans ce qui reste aujourd’hui un paradis fiscal, même si  engagements de communication des données fiscales l’ont fait sortir de la liste officielle, se fait forteresse pour l’accueil des hommes, tout comme l’UE vis-à-vis des ressortissants non européens, dont les dirigeants sont bien mal placés pour pousser des cris d’orfraie et jouer les offensés.

Echapper au faux dilemme dans lequel la droite, extrême ou non, tente d’enfermer les peuples européens est nécessaire, notamment à l’occasion des élections européennes, qui pourraient voir se renforcer la tentation à faire de l’immigration le principal sujet de débat…

D’où  la nécessité de rétablir un argumentaire solide sur la question:

1) La majeure partie  des migrations, qu’elles soient quotidiennes avec le phénomène frontaliers, ou résidentes, ne sont pas volontaires, mais subies en raison du chômage et des bas salaires des pays voisins de la Suisse : elles s’expliquent par les disparités de développement territorial que provoquent les décisions des multinationales  pour accroître leur rentabilité. Ces décisions dépendent évidemment des politiques comparatives menées des deux côtés de la frontière : attractivité fiscale et financière du côté de la Suisse et carcan austéritaire du côté européen. La concurrence « libre et non faussée » fait que sur le territoire suisse se développe une industrie qui se défait en France, depuis de nombreuses années (voir la chute de l’horlogerie) et que les rémunérations y sont en moyenne supérieures à celles des 3  plus pays limitrophes : Allemagne, Italie, France.

2)Le patronat suisse a intérêt à cette « liberté de circulation », entendons ce marché du travail élargi à des zones de salaires plus bas, qui lui permet de tirer vers le bas l’ensemble des rémunérations, avec parfois de véritables scandales , comme ces travailleurs « détachés » d’entreprises européennes, qui gagnent moins de 10 francs de l’heure, par exemple ces 4 ouvriers polonais qui travaillaient sur un chantier de l’hôpital cantonal de Genève, détachés par l’entreprise polonaise Blato, à 8 euros de l’heure, pour 9 heures par jour et envers qui l’entreprise avait un arriéré de salaires de 60 000 francs par rapport aux rémunérations conventionnelles suisses….De même, le projet d’un salaire minimum de 4000 francs suisses a été repoussé au parlement par els élus de droite grâce à l’aubaine d’une main-d’œuvre moins chère que la main-d’œuvre nationale.

3)L’initiative de référendum de l’UDC (parti  de droite populiste) est clairement à fondement xénophobe, faisant des migrants un bouc émissaire commode pour détourner les regards des véritables responsables (les décideurs capitalistes) d’une situation qui commence à poser des problèmes à la population au quotidien.

4) On ne peut en effet balayer d’un  revers de main, même si la propagande de droite en a grossi le trait, les effets négatifs d’une  situation où l’installation de 70 000 allemands et Italiens par an, et 100 000 frontaliers dans les cantons de Tessin et Genève provoquent :

– une montée du coût du logement, devenu inaccessible pour une partie de la population sur fond de pourvoir d’achat en berne (malgré une situation meilleure qu’ailleurs…)

-une saturation des moyens de transport publics et des infrastructures routières qui ne se sont pas adaptés à l’augmentation des flux.

-un engorgement des écoles qui réduit la qualité de l’enseignement.

Donc une partie de la population suisse est touchée dans son quotidien par le déséquilibre de développement territorial entre la Suisse et ses voisins. C’est la raison fondamentale pour laquelle le discours sur l’immigration a eu prise. Renvoyer la question à l’égoïsme, la peur infondée de l’autre serait passer à côté de la réalité du vécu. Avec 25% de sa population totale et active compsée d’étrangers, la Suisse occupe la troisième place…derrière le Luxembourg et Chypre, comme apr hasard deux paradis fiscaux.

5) La fermeture des frontières par des quotas ne règle évidemment aucun des problèmes évoqués (dumping salarial, saturation des infrastructures et accès au logement) et même en  accroît certains, tels le dumping salarial. En effet, les mesures d’accompagnement de l’accord de libre circulation, déjà très insuffisantes, risquent de disparaître : il s’agissait de conventions de salaire minimum – déjà très faible-, de contrôle et de sanction. Les salariés passés dans mailles du  filet des quotas, devenus « privilégiés » en quelques sorte, sans convention protectrice, auront beaucoup de mal à s’engager dans des actions revendicatives. D’autant  que, c’est bien connu, la fermeture des frontières ne modifie jamais le flux réel d’immigration, dont une partie devient tout simplement clandestine,  est traitée odieusement et tire tous les salaires vers le bas.

6)L’UE, à l’instar du ministre Fabius, agite les menaces des « accords guillotine » et laisse entendre que tous les accords de libre-échange passés avec la Suisse pourraient être remis en cause. Cela relève de la rodomontade, car s’il est vrai que la Suisse a bénéficié d’accords de libre échange nombreux, quoique n’appartenant pas à l’UE, elle a aussi quelques moyens de rétorsions , parmi lesquels :

– revenir en arrière sur els engagements d’échanges automatiques d’informations sur les exilés fiscaux, qu’elle monnaie d’ailleurs contre un accès plus ouvert encore au marché européen.

-menacer de réduire ses importations en provenance de l’UE, qui est excédentaire de 30 milliards,

-enfin, elle détient des avantages concurrentiels sur bon nombre de produits (machine outils, horlogerie, dont on voit mal les pays européens se passer…

6) Les responsables des collectivités locales départements, région) mettent en avant la qualité de la coopération transfrontalière (transports, tourisme, environnement, échanges universitaires, culturels) qu’on ne saurait mettre en cause. Mais au-delà, la question qui convient de poser est celle d’une réorientation des échanges économiques qui rééquilibre les créations d’emplois des deux côtés de la frontière, car on en peut pas considérer comme satisfaisante une situation où 28 000 Franc-Comtois traversent chaque jour la frontière pour aller travailler en Suisse.

Cela suppose :

-mettre rapidement fin au paradis fiscal suisse, responsable en grande partie de l’attractivité d el Suisse

–   passer entre Etats des conventions de coopérations mutuellement avantageuses, au lieu de pousser en avant un libre échange qui a  des effets déséquilibrants sur le développement des territoires. Ce n’est pas le libre jeu du marché, mais une régulation assumée des échanges économique qui peut apaiser tensions que fait naître concurrence « libre et non faussée ».

-protéger tous les salariés, qu’ils soient frontaliers ou nationaux suisses, par des conventions sociales d’Etat à Etat qui empêchent le dumping salarial et fiscal.

Comité régional du PCF de Franche Comté