Retour sur l’élection de Belfort… et au-delà

Evelyne TERNANT, Secrétaire régionale PCF de Franche-Comté
Les enseignements principaux des deux législatives partielles de janvier 2018 sont connus: un nouveau cran franchi dans l’abstention, le tassement pour les candidats LREM, pris à l’épreuve du pouvoir,  l’extrême droite affaiblie par ses divisions, la gauche globalement à des niveaux historiquement bas, avec moins de 20% des suffrages exprimés et une élimination du second tour, au total la droite LR qui ramasse la mise, non pas sur son attractivité propre, mais grâce à ce champ de ruine.

Des péripéties de l’élection belfortaine peuvent être tirés certains enseignements. Les militants de France Insoumise ont pris l’initiative de proposer au MRC, qui conserve une implantation locale sur ce territoire, et au PCF, de soutenir leurs candidats. L’objectif des uns et des autres était d’expérimenter un rapprochement en vue de construire, après cette élection, un rassemblement d’opposition à la politique municipale menée par le maire LR Damien Meslot.

Après avoir été dirigée par la gauche pendant plusieurs décennies, essentiellement sous leadership du MRC, Belfort est aujourd’hui sous la férule d’une droite dure, qui détruit avec méthode le socle social et culturel qui a fait de Belfort une ville attentive à la petite enfance, aux loisirs des jeunes, à la culture et à l’éducation populaire. C’est à l’épreuve de cette expérience municipale que s’est forgée l’envie d’un «faire ensemble».

Dès le lendemain du premier tour, Jean-Luc Mélenchon s’est appliqué à tuer dans l’œuf ces tentatives de rapprochement. Il a prétendu que le résultat de la candidate FI du Val d’Oise, partie sans soutien, était un succès à 11, 46%, et celle du territoire de Belfort, à 11, 6 % un échec : la première, qui réunit 2,2% des inscrits et perd 52% de ses suffrages par rapport à juin 2017, aurait bénéficié de «l’effet entraînant»…«du chacun pour soi» …«sans tambouille» tandis que pour la seconde, qui réunit 3,2% des suffrages et limite sa perte de voix à 45%, «la gauche rassemblée» aurait été «un étouffoir» et aurait «fonctionné comme un rayon paralysant, gelant en partie les votes dégagistes que nous devions mobiliser ».

Les déclarations de Jean-Luc Mélenchon surviennent de façon concomitante avec le dévoilement de discussions en cours avec Benoît Hamon sur l’Europe, en vue de solder «des points de désaccord de fond», et de possibles alliances avec le PS en cas de victoire d’Emmanuel Maurel, d’après notamment un entretien accordé au JDD par le député insoumis Adrien Quatennens.

Adrien Quatennens ajoute qu’il s’agit d’ «arrêter de revendiquer sans arrêt les codes de la gauche radicale…,de rompre  avec les fonds de scène rouge, [pour ]une seule trajectoire l’intérêt général.» Un énoncé à mettre en relation avec les trois chantiers prioritaires de FI: l’évasion fiscale, la pauvreté, et la sortie du nucléaire, qui ne mettent pas en cause directement la logique du capital.

En rassemblant ainsi les morceaux du puzzle, on voit émerger une stratégie cohérente de restauration de la maison social-démocrate, dont le socle idéologique, en dépit d’un ripolinage de façade, en reprend les piliers traditionnels : une correction des inégalités de répartition des revenus par l’impôt, une vision étatiste de l’intervention économique, de type keynésien. «Les fonds de scène rouge » que sont la reprise du pouvoir sur les banques et la finance, la conquête de droits nouveaux des salariés pour faire échec à la logique du profit, ou l’émancipation du marché du travail par une Sécurité Emploi-Formation, s’effacent.

Alors que de toutes parts, des luttes de classes surgissent, des luttes sur le droit à  la santé, le droit à l’entrée à l’Université, la défense du service public de transport, des luttes en entreprise contre les délocalisations, fermetures, et désindustrialisation, ou pour l’augmentation des salaires, plus que jamais, en appui de ce mouvement de résistance multiforme, le PCF doit porter haut et fort sa visée communiste de dépassement du capitalisme.